NOEL: Dieu s’est rendu visible à nos yeux

Il n’importe pas en effet seulement de savoir que Dieu s’est fait homme ; il importe aussi de savoir quel genre d’homme Dieu s’est-il fait. La manière différente et complémentaire dont Jean et Paul décrivent chacun l’événement de l’Incarnation est significative. Pour Jean, elle consiste dans le fait que le Verbe qui était Dieu s’est fait chair (Jn 1) ; pour Paul, dans le fait que « le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, a pris la condition de serviteur » (Ph 2). Pour Jean, le Verbe, étant Dieu, s’est fait homme ; pour Paul, « le Christ : lui qui est riche, s’est fait pauvre ». La distinction entre le fait de l’Incarnation et la manière dont elle s’est opérée, entre ses dimensions ontologique et existentielle, nous intéresse, parce qu’elle jette un éclairage singulier sur le problème actuel de la pauvreté et de l’attitude des chrétiens à son égard. Elle contribue à donner un fondement biblique et théologique au choix préférentiel des pauvres, proclamé lors du Concile Vatican II. « Les Pères du Concile – écrivait Jean Guitton, observateur laïc au Concile – ont retrouvé le sacrement de la pauvreté, c’est-à-dire la présence du Christ sous les espèces de ceux qui souffrent[26] ». Le « sacrement » de la pauvreté ! Ce sont des mots forts, mais bien fondés. Si, en effet, par le fait de l’Incarnation, le Verbe a, dans un certain sens, assumé tout homme (comme le pensaient certains Pères grecs), à cause de la manière dont elle s’est opérée, il a assumé, d’une manière très spéciale, les pauvres, les humbles, les souffrants. Il a « institué » ce signe, comme il a institué l’Eucharistie. Celui qui a prononcé sur le pain les mots : « Ceci est mon corps », a prononcé les mêmes à propos des pauvres. Il l’a fait quand, parlant de ce qui a été fait – ou n’a pas été fait – pour l’affamé, l’assoiffé, le prisonnier, celui qui est nu et l’exilé, il a solennellement déclaré : « C’est à moi que vous l’avez fait » et « C’est à moi que vous ne l’avez pas fait ».

 

On retrouve de temps en temps, dans la bouche de grands docteurs et maîtres de l’esprit de l’Église : Origène, saint Augustin, saint Bernard, Angelus Silesius, et d’autres encore, une déclaration audacieuse sur Noël. Elle dit en substance : « Le Christ est né des centaines de fois à Bethléem, mais s’il ne naît pas en toi, alors tu es perdu[». « Où le Christ naît-il, au sens le plus profond du terme, si ce n’est dans votre cœur et votre âme ? », écrit saint Ambroise. « Le Verbe de Dieu, dit en écho saint Maxime le Confesseur, veut réitérer en tous les hommes les mystères de son Incarnation ». Une vérité, comme on le voit, véritablement œcuménique. Faisant écho à cette même tradition, saint Jean XXIII, dans son message de Noël 1962, élevait cette prière ardente : « Ô Verbe éternel du Père, Fils de Dieu et de Marie, renouvelle encore aujourd’hui, dans le secret des âmes, le miracle de ta naissance ». Faisons nôtre cette prière, mais, dans la situation dramatique où nous nous trouvons, ajoutons aussi l’ardente supplication de la liturgie de Noël : « Ô Roi de l’univers, ô Désiré des nations, pierre angulaire qui joint ensemble l’un et l’autre mur, force de l’homme pétri de limon, viens, Seigneur, viens nous sauver ! » Viens et relève l’humanité épuisée par la longue épreuve de cette pandémie.

Extrait de la 3ème méditation de l’avent par le cardinal R.Cantalamesse, ofm.Cap.

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